Thursday, 22 October 2015

Hazaribag, cuir toxique réalisé par Élise Darblay & Éric de Lavarène



Prisé en Occident, car bon marché, le cuir bangladais empoisonne non seulement les ouvriers qui le conditionnent, mais aussi l'air et l'eau de la capitale. Ce documentaire expose sobrement les causes et les conséquences de ce désastre humain et écologique à grande échelle, montrant combien, sur place, les contre-pouvoirs sont faibles.

À Hazaribag, un bidonville de la périphérie de Dacca, se concentrent quelque 300 tanneries de cuir, traitant chaque jour un millier de tonnes de peaux. On y produit l'une des exportations phares du Bangladesh, car cette matière première qui sert à fabriquer les chaussures et les sacs du monde entier est vendue à bas prix. Et pour cause : les quelque 40 000 ouvriers, adultes ou enfants, qui y travaillent dans une puanteur effroyable, exposés sans protection à des produits chimiques dangereux, sont aussi misérablement payés – ce qui les oblige à vivre sur place avec leurs familles. D'où d'innombrables maladies professionnelles, un taux de mortalité 300 fois supérieur à celui du reste du pays et des bébés qui souffrent de plus en plus souvent de malformations. Beaucoup sont des paysans chassés de leurs terres par les inondations de plus en plus fréquentes. Avec un taux de chômage de 40 %, ils n'ont pas le choix. Les patrons, protégés en haut lieu, voire membres du gouvernement, font la sourde oreille aux timides injonctions de la Cour suprême. Les tanneries continuent ainsi de déverser leurs eaux et boues toxiques dans le Buriganga, la rivière qui traverse Dacca, la capitale, désormais contaminée, de même que les nappes phréatiques qui alimentent la ville… Donnant la parole à des ouvriers, à des membres d'ONG ou à un inspecteur nommé sans grands moyens pour limiter les dégâts, ce documentaire expose sobrement les causes et les conséquences de ce désastre humain et écologique à grande échelle, montrant combien, sur place, les contre-pouvoirs sont faibles.

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