Sunday, 21 February 2016

Paul Gauguin - Vincent Van Gogh - Huis-clos sous le soleil du Midi réalisé par Catherine Aventurier



Ces monstres sacrés ont un style inimitable, propre à chacun. Les deux peintres mythiques l’ont pourtant scellé ensemble, durant deux mois, dans le pays d’Arles. S’appuyant sur des analyses d’experts et sur les correspondances des peintres, ce documentaire revient sur cette période créative intense qui a bouleversé l’histoire de l’art.

20 février 1888. Vincent Van Gogh débarque à Arles. Après quatre années passées à Paris avec son frère Théo, marchand d’art, il aspire à découvrir la lumière du Midi. « Il arrive dans une solitude, un peu comme un ascète, presque un anachorète, explique Thierry Delcourt, médecin psychiatre. Il le dit lui-même : il peut passer des jours sans parler, si ce n’est pour demander un café ou une absinthe. » Il correspond alors avec Paul Gauguin, dont il a fait la connaissance dans la capitale et qu’il admire. Le peintre français, fraîchement rentré du Panama et de la Martinique, est sans le sou. Vincent lui propose alors de le rejoindre à Arles. Pour « vivre, avec d’autres, une révolution de la peinture », le Hollandais espère monter une colonie d’artistes. Avec l’aide financière de son frère, il loue une maison jaune pour accueillir son ami, mais Gauguin va se faire désirer pendant plus de quatre mois.

Transportés par la clarté méridionale
Dans l’attente, Van Gogh continue de chercher la lumière. « Il va comprendre que, pour donner aux jaunes des blés ou des maisons le maximum d’intensité et de puissance, il faut mettre au-dessus un ciel d’un bleu cobalt pur, comme si c’était un ciel de nuit », analyse l’écrivain biographe David Haziot. De son côté, à Pont-Aven, Gauguin établit avec le jeune Emile Bernard les codes d’une nouvelle esthétique : le synthétisme. « Avec La Vision du sermon, c’est la première fois qu’il ose se départir à tel point de la réalité, qu’il se sert de couleurs qui ne sont pas du tout réalistes, décrypte Belinda Thomson, historienne d’art. Il le fait exprès pour évoquer l’idée de l’au-delà et, pour lui, c’est le rouge qui indique que c’est un tableau spirituel. » Le maître tant attendu arrive enfin à Arles le 23 octobre. Van Gogh l’emmène aux Alyscamps, une nécropole romaine, où ils vont travailler d’arrache-pied pendant une semaine. « Cela devient le terrain d’un combat, mais à fleurets mouchetés, souligne Thierry Delcourt. Dans l’esprit de Van Gogh, c’est vraiment une volonté de partage et une attente très forte. » Sous le soleil du Midi, les deux hommes se lancent des défis picturaux et s’abreuvent d’absinthe. Ils vont se jauger, s’influencer, s’affronter. Mais, très vite, la cohabitation devient difficile… jusqu’à l’automutilation de Van Gogh.

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