Thursday, 28 July 2016

Télévision (histoires secrètes) 2-3 Opérateurs réalisé par Marie-Ève Chamard & Philippe Kieffer



C’est l’histoire d’un microcosme, d’un petit groupe d’industriels, de mini-titans qui se sont déchiré durant les années 1980 pour obtenir une part du gâteau audiovisuel français. Plus habitués à entendre les sourds échos de la guérilla que mènent les starlettes du petit écran entre elles, les téléspectateurs découvrent d’étonnantes histoires secrètes grâce à ce document en béton. Ses auteurs, Marie-Ève Chamard et Philippe Kieffer, évoquent ici leur travail.

Deuxième partie : Opérateurs
1985. Création de la SEPT et de Médiamétrie.
L’ouverture de l’espace hertzien aux télés privées provoque une onde de choc. Quelques chaînes pirates apparaissent tandis que les industriels se mettent sur les rangs (Hersant, Hachette, Publicis). Un homme d’affaire italien, Silvio Berlusconi, s’introduit dans le jeu sur recommandation de Mitterrand, via Bettino Craxi. Son arrivée provoque des remous jusqu’au gouvernement. Savoureux moment où l’on apprend que Berlu s’en allait à la rencontre de Jack Lang, un lingot d’or en poche… On annonce la mort de Canal + : Berlusconi comme Jean Riboud, patron de Schlumberger, manœuvrent pour récupérer la chaîne. Rousselet tient bon et en appelle à l’arbitrage du président. Dans le plus grand secret, Berlusconi et Seydoux sont choisis comme opérateurs de la future 5, tandis que Publicis, Gaumont et NRJ obtiennent le sixième réseau. Jacques Rigaud, patron de la CLT fulmine : il n’y a pas de compétition, les jeux sont truqués. Lorsqu’on apprend les avantages qu’a obtenu La 5, le tollé est énorme.

1986. La 5 et TV6 ouvrent leur antenne. Au parlement, la majorité change, Jacques Chirac est nommé Premier ministre, François Léotard, ministre de la Communication. Une nouvelle loi prévoit la privatisation de TF1, de TDF et de la SFP. La Commission nationale de la communication audiovisuelle (CNCL), présidée par Gabriel de Broglie, remplace la Haute autorité. Les PDG du service public sont remplacés.

Les deux nouvelles chaînes commencent à émettre à la veille des élections législatives. On espère en haut lieu que cela permettra de gagner des voix. Rien n’y fait, la gauche est battue. La droite annule les concessions de La 5 et de TV6, elle annonce la privatisation de TF1. Maurice Lévy, patron bafoué de TV6, est encore aujourd’hui écœuré et doute que « la France soit un État de droit. »

1987. TF1 est privatisée. Le tour de table est dominé par l’entrepreneur Francis Bouygues. La 5 est réattribuée à Berlusconi auquel s’est joint Robert Hersant. TV6 diffuse ses dernières images. Le sixième réseau est attribué à M6, création d’un consortium dominé par la CLT.

Un appel d’offre est lancé par la CNCL pour l’achat de TF1. Branle-bas de combat : les tours de table s’organisent. Après de nombreuses négociations, la bagarre pour TF1 se fera entre Hachette et Bouygues. Hersant renonce à TF1 et se rapproche de Seydoux et Berlusconi pour la réattribution de La 5. Carlo Freccerro, conseiller de ce dernier, qualifie cette alliance de « mariage diabolique entre deux monstres ». Rigaud (CLT) et La Lyonnaise des eaux se rabattent sur le sixième réseau. Chacun rivalise dans le « mieux-disant culturel ». Le cynisme est de rigueur, personne ne songe un instant respecter ses engagements.

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