Thursday, 28 July 2016

Télévision (histoires secrètes) 3-3 Prédateurs réalisé par Marie-Ève Chamard & Philippe Kieffer



C’est l’histoire d’un microcosme, d’un petit groupe d’industriels, de mini-titans qui se sont déchiré durant les années 1980 pour obtenir une part du gâteau audiovisuel français. Plus habitués à entendre les sourds échos de la guérilla que mènent les starlettes du petit écran entre elles, les téléspectateurs découvrent d’étonnantes histoires secrètes grâce à ce document en béton. Ses auteurs, Marie-Ève Chamard et Philippe Kieffer, évoquent ici leur travail.

Troisième partie : Prédateurs

Pendant qu’Hervé Bourges, dernier PDG de TF1 public « joue le jeu » de la privatisation, les concurrents peaufinent leurs dossiers. Catastrophe pour Hachette, la mise à prix de 3 milliards de francs (pour 50 % des parts) est trop élevée pour son allié Havas, qui se retire. En outre, Bouygues menace de saisir le Conseil d’État : la BNP n’a selon lui pas le droit de faire partie du tour de table de Hachette. Le lobbying de Bouygues, « systématique et scientifique » selon Patrick Le Lay (TF1), séduit les membres de la CNCL. Le grand jour de la présentation des dossiers arrive. Moments comiques que ces extraits de bandes vidéo où l’on voit Francis Bouygues suivre les cours de « tchatche » de Bernard Tapie… Les patrons d’Hachette assistent à la prestation matinale du staff de Bouygues devant la CNCL, dont les membres sont tout sourire. Pour eux, l’après-midi sera maussade. En butte à de nombreuses objections, Hachette réalise que les jeux sont faits. Yves Sabouret se souvient : « On a compris que l’on n’avait rien compris. » A 10 voix contre 3, Bouygues emporte la Une. La CNCL est complètement discréditée.

1988. La réélection de François Mitterrand entraîne le remplacement de la CNCL par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) dirigé par Jacques Boutet. Jack Lang et Catherine Tasca sont les nouveaux ministres en charge de la communication.

Des vedettes de TF1 partent pour La 5. Silvio Berlusconi déclare : « Il faut attraper les stars avant que le béton soit sec. » Droits de diffusion et salaires explosent : de cette époque date la guerre des chaînes. Les programmes de La 5 sont un échec. TF1 met de l’ordre dans son domaine (renvoi de Michel Polac).

1989. Antenne 2 et FR3 sont réunies au sein de France Télévision. Le premier PDG est Philippe Guilhaume.

Surprise : la présidence commune du service public est née d’une idée de Patrick Le Lay alors qu’il discutait avec Jack Lang d’un projet consistant à reprendre La 5 pour y diffuser des programmes complémentaires : « J’aurais mieux fait de me taire » confie-t-il aujourd’hui. Le pouvoir verrait bien Hervé Bourges à la tête de France Télévision, mais le CSA lui préfère un outsider. Du côté de La 5, Seydoux et Berlusconi tentent en vain d’évincer Hersant qui se vengera en lâchant la chaîne, qu’il sait perdue, en vendant ses parts à Hachette.

1990. Robert Hersant quitte La 5, l’opérateur en devient le groupe Hachette dirigé par Jean-Luc Lagardère.

L’avis est unanime : le CSA n’aurait pas du accepter ce transfert de parts. Mais Jean-Luc Lagardère (Hachette) assure qu’il peut redresser la barre. Le service public va mal, Philippe Guilhaume démissionne. Hervé Bourges prend sa place à la tête de France Télévision.

1992. La 5 dépose son bilan et arrête ses programmes. Arte, chaîne culturelle franco-allemande, s’installe en soirée sur le réseau laissé vacant. Jérôme Clément en est le PDG.

Les pertes de La 5 s’élèvent à trois milliards de francs. Berlusconi propose une relance de la chaîne, mais plus personne ne veut de lui. « On l’avait assez vu ! » (Jacques Rigaud). La disparition de La 5 arrange tout le monde. Il y avait une chaîne de trop. La manne publicitaire se répartit entre les télés restantes, tandis que le cinquième réseau est « neutralisé » par le lancement d’Arte.

No comments:

Post a Comment