Tuesday, 20 December 2016

Lucky Luke - La fabrique du western européen réalisé par Guillaume Podrovnik



À l'occasion des 70 ans du tireur le plus rapide du Far West, une incursion alerte dans l'univers inventé par le dessinateur Morris, qui transposa avec humour le mythe américain dans l'imaginaire européen.

Voilà soixante-dix ans que Lucky Luke tire plus vite que son ombre et arrive à point nommé pour régler les problèmes qui obscurcissent l'horizon de l'Ouest américain. Héros d'albums vendus à 300 millions d'exemplaires, ce personnage lisse – miroir du lecteur, il n'a ni passé ni états d'âme – incarne à jamais le Far West à l'européenne. L'Ouest américain a il est vrai fait rêver la génération d'avant la conquête spatiale, à laquelle appartient le jeune Maurice De Bevere, le futur Morris. Grandi dans les mornes plaines agricoles de la Belgique, l'adolescent a besoin d'évasion et se jette sur les premiers dessins animés et les westerns. Plus tard, une parenthèse new-yorkaise aidera le dessinateur à confronter son fantasme de l'Amérique à la réalité.

Sens de la mise en scène
Aux États-Unis, il rencontrera René Goscinny avec qui une collaboration fructueuse s'enclenchera à leur retour en Europe. Lucky Luke prend son envol. Deux niveaux de lecture – pour enfants et adultes – apparaissent et un traitement subtil des sombres réalités de la vie (prostitution, alcoolisme…) permet de contourner les règles strictes qui encadrent les publications pour la jeunesse. Dégainant avec autant de vivacité que Lucky Luke, ce documentaire navigue avec humour dans son univers et ses influences, à l'aide d'archives dans lesquelles Morris, tiré à quatre épingles, se raconte, et d'extraits de films et de planches. Épurée, et elle aussi impeccable, l'esthétique du dessinateur se dévoile : trait sûr, pop art avant l'heure, sens de la mise en scène. Historiens et auteurs de BD décryptent ce délectable pan de la BD, notamment Jul et Achdé, qui reprennent le flambeau et ont audacieusement propulsé le cow-boy dans la communauté juive new-yorkaise.

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