Wednesday, 22 February 2017

Ma mère, mon poison réalisé par Anne-Marie Avouac



Quels ravages un amour maternel défaillant provoque-t-il chez l’enfant ? Comment se construit-on face à une mère dominatrice, peu aimante, manipulatrice ?

Ils s’appellent Delphine, Marianne, Sylvain ou Camélia, ont 16, 30 ou 40 ans passés, sont issus de milieux sociaux divers. Seul point commun, un passé douloureux. Dès l’enfance, tous ont dû apprendre à composer avec une mère pas comme les autres. Une mère destructrice, narcissique, indifférente, envahissante… somme toute toxique. Celle de Delphine invente pour sa fille une maladie rénale, la traîne des années durant chez les spécialistes et dans les hôpitaux. Elle lui apprend à réciter les symptômes devant les médecins et lui donne un coup de poing dans le dos avant une consultation pour que la petite se plaigne avec conviction. Elle va même jusqu’à falsifier les résultats des analyses, ce qui conduira Delphine sur une table d’opération pour l’ablation d’un rein, à l’âge de 8 ans. Inimaginable, mais bien vrai. Ce n’est que des années plus tard que la jeune femme apprend que sa mère est atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration, une névrose qui conduit un parent à rendre malade son enfant pour susciter la compassion et l’admiration de son entourage.

Des années d’errance et de dépression
Fille de divorcés, Marianne, elle, a eu affaire à une mère peu sécurisante, immature et narcissique qui la délaisse et « fait (d’elle) sa rivale » lorsqu’elle est abusée sexuellement par son compagnon à l’âge de 10 ans. Après des années d’errance et de dépression, pour se reconstruire, Marianne a dû couper les ponts avec sa mère : « Il était devenu pour moi impossible d’être en contact physique avec elle. » De son côté, Sylvain témoigne de sa terrible souffrance de ne jamais avoir été aimé : « Je l’agaçais. Dans mes souvenirs, il n’y a rien de bien ; soit c’était l’absence, soit de la violence, verbale, physique. On la gênait dans sa vie. Elle nous mettait dans des endroits (en pension) et on disparaissait. […] C’est quelque chose dont on ne se défait jamais. » Devenus adultes, Delphine, Marianne et Sylvain tentent encore de surmonter les ravages d’une relation toxique.

À 16 ans, Camélia essaye elle aussi de reprendre goût à la vie, après plusieurs tentatives de suicide et des années de scarification. Placée depuis deux ans par les services sociaux dans un hameau qui accueille des mineurs en détresse, elle revoit de nouveau sa maman. Entre les deux, il existe bien un « lien d’amour, mais inadapté », selon l’une des psychologues du centre. Mais, malgré l’attachement, le mal-être est encore là. Trop vif. Alors que la question de retourner à la maison se pose, la jeune fille se montre soulagée quand le juge décide de la maintenir en placement jusqu’à sa majorité !

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