Sunday, 16 July 2017

Robert Frank - L'Amérique dans le viseur réalisé par Laura Israel



Figure marquante de la photographie de la seconde moitié du XXe siècle, Robert Frank a fait de l'image le matériau premier de sa créativité. Compagnon de route du mouvement beatnik, auteur de l'ouvrage culte "Les Américains", il se livre avec générosité et humour dans ce portrait passionnant.

Encouragé par son aîné Walker Evans, l'Américano-Suisse Robert Frank laissera sa trace dans l'histoire de la photographie. Pour lui, tout commence avec "Les Américains", son premier livre. Publié à la fin des années 1950, l'ouvrage réunit 83 clichés, savamment choisis parmi les plus de 20 000 qu'il a collectés au fil des trente étapes d'un long périple à travers les États-Unis. "Les visages sont plus intéressants que les paysages, alors je me suis concentré pour me rapprocher des gens", précise le photographe, lorsqu'il raconte la genèse de son deuxième "road trip", effectué après plusieurs mois passés au Pérou. Saisis dans la banalité du quotidien, ses portraits d'hommes et de femmes, travailleurs modestes des villes et des campagnes, ont donné chair aux grands oubliés du rêve américain de l'après-guerre. "À l'époque, rappelle-t-il, la plupart des critiques ont été assez méchants. Ils ont dit : 'Ce type doit haïr l'Amérique pour photographier des gens comme ça.' [...] J'étais un chasseur. Un chasseur d'images ; ce voyage m'a appris à l'aimer."

La passion de l'image
Né à Zurich en 1924, Robert Frank se passionne très jeune pour la photo, que son père pratique en amateur. Émigré aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, il pige un temps pour "Harper's Bazaar" avant de prendre son indépendance. Compagnon de route du mouvement beatnik, ami d'Allen Ginsberg et de Jack Kerouac, Robert Frank a fait de l'image le matériau premier de sa créativité. Comme photographe, mais aussi comme cinéaste, puisqu'il a réalisé entre 1959 et 2009 plus d'une vingtaine de films, courts métrages et documentaires expérimentaux. Mêlant de nombreuses archives d'interviews et d'extraits de films, le beau documentaire que lui consacre Laura Israel balaye soixante-dix ans d'une carrière bien remplie. Il s'appuie surtout sur de passionnantes rencontres avec l'artiste. Interrogé chez lui, à New York et dans son repaire canadien de Mabou, en Nouvelle-Écosse, le facétieux nonagénaire puise dans ses albums et ses caisses d'archives pour commenter, avec humour et gourmandise, une œuvre foisonnante et inclassable.

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